Gilles Bornstein - Vous avez écouté le président de la République hier. Quelle est votre
réaction ?
François Bayrou - C'était une intervention au bon niveau. C'est la première chose qui compte. L'approche des
problèmes et l'expression étaient au niveau de ce que le président de la République française doit être et doit dire. Il y avait une annonce et une vision très importante dans cette
intervention : la France va proposer l'établissement d'un gouvernement pour l'économie de la zone euro.[...] C'était une annonce très importante, décisive pour ce que l'avenir de l'Europe
doit être, et donc l'avenir de la France.
Cela fait déjà deux bons points.
Pour le reste, il y avait la reprise et la répétition d'un très grand nombre de décisions déjà annoncées. De ce point
de vue là, il n'y a pas eu d'avancée décisive et même un manque : les très grandes réformes, des piliers de la société française qui sont aujourd'hui lézardés, n'ont pas été abordées. Rien
sur l'Éducation, rien ou presque sur le droit et le marché du travail. Ces grandes réformes ont été éludées et ça manquait dans l'intervention de François Hollande.
S'il refuse le terme de social-démocrate, il a affirmé une politique réformiste. Il n'y a pas eu un seul
propos vraiment de gauche dans son intervention. En prenez-vous acte ?
Il y a eu l'affirmation d'une ligne, dont je pense qu'elle est la seule possible pour le peuple français et la
nation : la ligne réformiste. Avec une chose qui doit être claire pour moi dans l'esprit de tous et qui pour l'instant n'est pas complètement affirmée, c'est que les problèmes de notre
pays ne viennent pas de l'extérieur. Ils ne viennent pas de l'Europe, pas de l'Euro ou de l'Allemagne comme on l'a scandaleusement affirmé ces temps-ci. Les problèmes de la France sont des
problèmes internes à notre pays. C'est chez nous que sont les faiblesses et c'est pourquoi nous devons trouver en nous l'énergie pour apporter les réponses. Cet aspect là des choses n'est, pour
l'instant, pas entré dans l'esprit des Français.[...]
Justement, il a refusé cette idée d'union nationale. Il a dit qu'il y avait une majorité et une opposition.
Après l'avoir entendu, êtes-vous dans la majorité ou dans l'opposition ?
Je suis indépendant et libre. C'est notre plus et notre différence. Il y a des gens qui sont systématiquement pour et
d'autres systématiquement contre. Nous, nous pensons qu'il faut avoir la liberté de jugement et de parole nécessaires pour que les impulsions viennent. Lorsque la politique réformiste qu'il
faut pour la France aura été définie, l'unité nationale ne viendra pas d'en haut. Si vous attendez que les deux partis, qui se partagent le pouvoir depuis des décennies, fassent le pas
nécessaire pour sortir de leurs "a-priori", qu'ils se réforment d'eux-mêmes et prennent conscience de la gravité des choses, vous allez attendre longtemps ! Lorsque l'unité nationale
s'imposera, elle s'imposera à partir des Français. C'est un mouvement profond des Français, un mouvement du peuple, qui fera que l'on sortira des affrontements artificiels et stériles pour
soutenir les idées nécessaires pour que l'avenir du pays soit repris en main, reconstitué, rebâti comme il doit l'être. Mais ça ne viendra pas du sommet. [...]
Mais avec la feuille de route développée hier, avec ce que vous avez entendu, vous auriez l'impression de
renier vos convictions en siégeant à côté de lui au Conseil des ministres ?
L'idée que je pourrais être dans une vision de ralliement, vous le savez bien, est une idée fausse.
Il est allé très loin vers la social-démocratie et vers les thèses que vous défendez. À un moment il faut
peut-être en prendre acte ?
Il y a heureusement des points de rencontre. Autrement, ce serait que le choix que j'ai fait au moment de la
présidentielle ne serait pas le bon. On voit aujourd'hui qu'il fallait pour notre pays une alternance et que cette alternance ne peut aller que dans le sens que j'ai défini, qui est celui d'une
politique réformiste pour la France. Mais un très grand nombre de choix en profondeur ne sont pas encore prononcés, exprimés, explicites. Ce que François Hollande appelle sa boite à outils,
défendue à nouveau hier, avec les emplois d'avenir, les contrats de génération et le crédit d'impôt compétitivité... Ces trois mesures sont très insuffisantes. [...] Mais l'orientation
principale, qui est de dire qu'il faut soutenir l'entreprise, la création d'emploi, la recherche et l'innovation, est juste.
Commentaires d'Aymeric BRELLMANN, Responsable du MODEM de Thiais et
du Centre pour la France dans notre ville:
Il faut effectivement avoir des valeurs en politique, et être indépendant et libre comme le soulignait François Bayrou. Il faut
réformer, adapter notre société avec notre temps pour faire de la France ce qu'il y a de meilleur.
Ce qui est valable au niveau national, se traduit de la même façon au niveau régional, local: pour notre région, nous
devons aller de l'avant pour un plan de transport efficace, pour une attractivité réelle de la région capitable.
L'an prochain lors des prochaines élections municipales, je défendrai à Thiais, ce que je pense être le meilleur pour
notre ville, une ville qui se réforme (c'est à dire qui avance),...et qui évolue avec son temps.