À Granville, Bayrou et le vague à l'âme des pêcheurs
Ce lu pour vous, France Soir, le 8 Avril 2012.
En visite en Normandie, François Bayrou est allé à la rencontre des marins-pêcheurs de Granville, près de Caen. Ceux-ci s'inquiètent de plus en plus des difficultés à exercer leur métier, entre des règlementations inadaptées et la hausse du prix de l'essence.
Arrivé sur place à 14 heures après un voyage en bus qui semble l'avoir profondément agacé, François Bayrou retrouve le sourire dès la descente du véhicule. Il faut dire que la météo, peu clémente deux jours plus tôt avec Marine Le Pen, a réservé au candidat centriste son plus beau sourire. Pour l'accueillir, ni foule ni fanfare. François Bayrou se la joue discrète même si, comme tout bon candidat qui se respecte, il va au-devant de tout le monde pour serrer des mains.
Après quelques pas le long de la digue, la visite commence par… la pause déjeuner! Les pêcheurs ont préparé au candidat centriste un buffet de fruits de mer et de charcuterie. François Bayrou se précipite sur les bulots, en engloutit un, puis deux, puis trois, avant de déclarer à l'assistance, hilare: « Vous savez, si on me met en présence de bulots, ça peut ne jamais s'arrêter! » Ça tombe bien, Granville est justement la capitale mondiale de ce coquillage…
Mais le président du MoDem n'a pas fait le trajet pour se remplir la panse. Après un repas rapide en compagnie des élus locaux, il part donc à la rencontre des pêcheurs de la baie, qui revendiquent leur pratique « artisanale du métier », sur de petits bateaux qui ramènent plusieurs types de poissons, quand les gros navires industriels pêchent eux un seul produit. Une pratique qui, à les entendre, serait condamnée.
Sur les quais de Granville, le président du Modem est allé à la rencontre des "artisans de la mer"
Le coupable, André Piraud, dit « Dédé », président du comité local des pêches, l'a bien identifié: « L'Europe, l'Europe, l'Europe ». « Ça fait vingt ans qu'on en prend plein la gueule », ajoute-t-il, avant de lister par le menu l'ensemble des griefs qu'il adresse à l'Union européenne (UE). « Il y a 27 pays dans l'Union Européenne, seuls 11 ont une façade maritime, mais les décisions doivent quand même se prendre à l'unanimité. Allez comprendre… », ajoute un autre pêcheur. François Bayrou, pourtant grand défenseur de l'Europe, ne se laisse pas le moins déstabiliser: « Je suis pour l'Europe quand elle vous facilite la vie, pas quand elle vous met des bâtons dans les roues. »
De ce point de vue-là, les pêcheurs sont gâtés. La Commission européenne exige en effet que les navires qui pêchent plusieurs produits reviennent au port entre chaque type de pêche. Elle impose également les mêmes règles de pêche à toutes les baies, sans prendre en compte les spécificités de chacune. « Dédé » est également très critique à l'encontre de la France, « qui a laissé faire ». Il se souvient des promesses de Nicolas Sarkozy, et dénonce l'incohérence de l'État: « Si je dois passer une visite médicale, il y a quatre mois d'attente! Les médecins de ville n'ont pas le droit de nous les faire passer, seuls certains services sont agréés. » Un exemple qui consterne François Bayrou.
Comme si cela ne suffisait pas, ces « jardiniers de la mer », comme les surnomme le président du MoDem, doivent encore composer avec un gasoil en forte hausse. Pour un navire qui en consomme 5.000 litres par semaine, la moindre hausse peut faire couler l'entreprise. « À 40, 50 centimes d'euros le litre, on peut s'en sortir, mais à 80 centimes comme c'est le cas aujourd'hui, ce n'est même pas la peine de continuer », s'inquiète André Piraud. Car en parallèle, les bulots que ramènent les pêcheurs de leurs sorties en mer se vendent 1,30 euro le kilo. « C'est bien simple, l'essence représente 50 % de nos dépenses », conclut, morose, un des participants. Bref, si le soleil brille au-dessus de Granville, l'orage semble s'être emparé du cœur des marins normands.