François Bayrou : «La stratégie de Nicolas Sarkozy, comme de François Hollande, conduira le pays à la révolution»
Ce lu pour vous, les Echos, le 2 Avril 2012 L'un et l'autre ont retenu des hypothèses de croissance irréalistes, ce qui décrédibilise totalement leurs engagements de retour à l'équilibre. Mais il y a pire. François Hollande prévoit 172 milliards d'euros de dépenses nouvelles sur cinq ans et Nicolas Sarkozy 104. C'est de la pure folie.
En ce qui me concerne, je m'en tiendrai à 44 milliards de dépenses, soit une progression inférieure à l'accroissement de la richesse nationale. Et ces dépenses ne seront engagées qu'une fois les finances publiques revenues à l'équilibre.
Je n'envisage pas de toucher aux produits de première nécessité. En revanche je vais m'attaquer aux niches fiscales en les diminuant toutes de 15 % et en supprimant trois niches : la niche Copé (plus de 5 milliards), la déduction des intérêts d'emprunt pour LBO et la défiscalisation des heures supplémentaires (2 milliards). Il n'y a aucune raison que celui qui peut faire des heures car son entreprise est en bonne santé ne paie pas l'impôt, alors que d'autres salariés privés d'heures sup en raison de la santé moins florissante de leur entreprise en paient. C'est injuste.
En revanche, je conserverai les allégements de cotisations sociales sur les heures supplémentaires afin de ne pas décourager le travail.
Quand François Hollande veut taxer à 75 % les revenus supérieurs à 1 million d'euros ou instaurer un bouclier fiscal à 85 %, c'est comme s'il affichait en grand sur les murs : « En France, interdit de réussir ». Mais il n'y a pas de raison que des rémunérations aussi importantes que 50 SMIC viennent en déduction des résultats d'une entreprise. C'est une défiscalisation abusive.
« Les Echos » devraient être les derniers à poser cette question !... L'assainissement de la dépense publique est une condition de la confiance donc de la croissance. Un pays en bonne santé économique est un pays dans lequel on investit.
Et, pour cela, il faut que le long terme soit rassurant. Et si la dette est hors contrôle, les taux d'intérêt exploseront. Ce serait une atteinte directe à la capacité d'investissement du pays, des entreprises et des ménages. Le pire des services que l'on puisse rendre à une économie, c'est de la précariser.
J'ai été le seul à défendre les banques lors de la crise des dettes souveraines. Je n'en suis que plus libre pour leur dire qu'il n'est pas normal qu'elles continuent de prêter à des taux de 4, 5 ou 6 % quand la Banque centrale européenne leur a prêté 1.000 milliards d'euros à 1 % seulement. Cela s'appelle de l'enrichissement sans cause.
Les banques doivent avoir la décence et le souci civique de prêter à des taux acceptables, en particulier aux PME. Je demanderai à la Banque de France de défendre auprès des régulateurs européens une modification des règles prudentielles de manière à pouvoir soutenir des prêts de longue durée. Et une loi-cadre sur le « produire en France » capitalisera les banques régionales, associant les collectivités locales, que j'entends créer. Et ce de telle sorte qu'elles puissent soutenir ces concours nouveaux aux PME.
J'ai été le premier à dire que c'est en retrouvant le produire en France qu'on retrouvera de l'emploi. Ma proposition d'un emploi sans charge pour chaque entreprise de moins de 50 salariés, réservé à un primo-accédant ou à un chômeur, permettrait de créer 150.000 à 200.000 emplois financés par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Je mettrai aussi en place une stratégie nationale par filière.
Prenons un exemple : la filière bois accuse un déficit commercial de 7 milliards. Cette filière compte 450.000 emplois en France alors que l'Allemagne en a 800.000 avec 20 % de forêt en moins. Nous pourrions donc avoir 400.000 ou 500.000 emplois de plus si nous exploitions de la même manière nos forêts.
L'Allemagne a su également relancer sa filière textile. Pourquoi pas nous ?
Tous les sujets peuvent être sur la table. Sauf un : la baisse des salaires. Mais peut-on avoir le même cadre légal dans le secteur agricole ou dans l'économie numérique alors que les contraintes, notamment horaires, n'ont rien à voir ?
L'idée d'un temps de travail uniforme, sans tenir compte de la pénibilité, est absurde et contreproductif. Les accords emploi-compétitivité voulus par le gouvernement sont une bonne chose s'ils permettent de donner de la souplesse à la vie économique et sociale.
Quant au travail du dimanche, je refuse que la société soit marchandisée sept jours sur sept. C'est une question de principe mais aussi d'efficacité économique, car ce qu'on dépenserait le dimanche, on ne le dépenserait pas durant la semaine.
Vous plaisantez ? La méthode intergouvernementale imposée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'a conduit qu'à traîner dix-huit mois avant de trouver une solution. Ce qu'il faut, c'est démocratiser les instances européennes en élisant au suffrage universel un responsable qui assumera les responsabilités fusionnées de la présidence de la Commission et de la présidence du Conseil.
Il faut aussi une Cour des comptes européenne avec une compétence pour examiner ce qui se passe dans chacun des Etats membres. Ainsi qu'une commission des Finances du Parlement européen et des Parlements nationaux. Seule une légitimité européenne forte permettra d'imposer une réelle réciprocité commerciale avec la Chine et de s'opposer au dumping monétaire qu'elle pratique.
Un ensemble de 500 millions d'habitants a la force politique pour dire à ses partenaires commerciaux : si vos produits ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que les nôtres, n'attendez pas que nous demeurions sans réactions.

